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L’autoédition au cœur du changement éditorial : pour ou contre ?

L’autoédition au cœur du changement éditorial : pour ou contre ?

Sacralisée ou au contraire vertement décriée, l’autoédition fait pas mal parler d’elle ces dernières années. De plus en plus d’auteurs, par exemple, déçus des éditeurs classiques et non classiques ou tout simplement désireux d’obtenir une plus grande marge de profit sur leurs écrits, se lancent dans cette aventure pour le moins périlleuse et chronophage.

La naissance du mal

Le petit monde conservateur de l’édition a tendance à cataloguer l’autoédition « d’édition poubelle » car seuls les auteurs qui auraient été rejetés par les « vrais » éditeurs se rabattent sur cette « solution hasardeuse ». Cette vision, bien que simpliste et caricaturale, provient de faits non moins réalistes. Mais pourquoi les auteurs sont-ils rejetés par les maisons d’édition ? Les raisons peuvent être variées sans pour autant être clairement expliquées. Voici les principales :

1° Votre histoire est bonne, mais votre style laisse à désirer :

C’est bien d’avoir une belle histoire, originale et prenante, encore faut-il avoir un style qui soit en mesure de la mettre suffisamment en lumière. Et, qu’on le veuille ou non, en francophonie (particulièrement européenne) le style prime encore sur le sensationnel de l’histoire. Bien sûr, si les deux éléments sont présents, les éditeurs ne laissent pas passer l’occasion à moins que…!

2° Votre style est bon, mais votre histoire est cousue de fil blanc :

Encore une fois, c’est bien joli, vous avez une belle plume, mais encore faut-il avoir quelque chose à raconter qui n’ait pas déjà été traité en long, en large et en travers, de la même façon (de sorte qu’à peine fini le chapitre un, on connaisse déjà tous les rebondissements et la fin)…

3° Vous avez une bonne histoire et un bon style, mais vous ne correspondez pas au catalogue de la maison d’édition contactée :

En dehors des rares structures qui prendront le temps de vous expliquer où le bât blesse dans votre texte, c’est le motif de refus qui vous sera le plus souvent envoyé. Et pour cause : une maison d’édition, pour bien vendre, se doit d’être cohérente dans sa ligne éditoriale et ne peut pas se permettre de faire rentrer toutes les catégories de romans dans ses collections. Voilà que le fléau occidental de l’individualisme et de la distinction à tout prix par rapport aux autres frappe encore une fois là où ça fait mal. Et bardaf, c’est l’embardée : ni votre style, ni votre récit n’entre dans une case existante (pour autant que vous le sachiez en tout cas, parce que de nouvelles maisons avec des lectorats, nouveaux également, naissent chaque année). Et que faire quand ça arrive, me direz-vous ? Se lancer soi-même pardi !

Vade retro autoédition

Tout comme l’affirmation que tout être humain assène au moins une fois dans sa vie et qui consiste à cataloguer comme moche, dégueulasse, horrible (choisissez le terme adéquat), quelque chose qui n’est tout simplement pas à son goût, le fait de taxer de mauvais tout texte qui n’est pas choisi par un éditeur classique (entendez à compte d’éditeur, voir article XXX pour les différentes catégories de maisons d’édition) alors qu’il n’entre tout simplement pas dans les petites cases préétablies semble excessivement réducteur, je vous l’accorde bien volontiers. Cependant, le rejet en masse de l’autoédition et l’inquiétude des éditeurs (et de nombreux lecteurs pointilleux) n’est pas sans fondement.

Est-il possible d’avoir un grand succès en se lançant en autoédition ? Bien sûr que oui puisqu’il existe déjà des succès stories. Les questions qu’il faudrait plutôt se poser sont : Est-ce donné à tout le monde ? Non. Peut-on y arriver seul ? Encore, non. En quoi cela consiste vraiment de lancer un roman en autoédition ? À la même chose qu’au lancement d’un livre par éditeur, sauf qu’il vous faudra tout (absolument tout) faire vous-même, surtout si vous voulez être rentable et lu par un maximum de lecteurs. Ce qui veut dire que lancer seul son bouquin grâce à Amazon n’est pas la meilleure des solutions si vous n’avez pas, au préalable, de nombreuses cordes bien solides à votre arc.

La qualité

Il apparaît assez évident que la tâche est largement sous-estimée par la majorité des auteurs qui tentent l’aventure. Et surtout, bien souvent, l’auteur pense à son rendement personnel à court terme plutôt que de plaire à ses lecteurs à long terme. Cela peut malheureusement amener des auteurs à présenter des romans bâclés, et ce, tant au niveau du fond qui manque parfois de cohérence et de profondeur, que de la forme qui regorge d’erreurs en tous genres qui polluent, voire gâchent complètement la lecture. Vous me direz que pas mal de lecteurs se moquent éperdument des fautes. Oui, c’est vrai, vous pourrez d’ailleurs les garder comme lecteurs aussi longtemps que vos histoires les tiendront en haleine. Mais, pour tous les autres, ceux pour qui l’orthographe, la grammaire ou encore la simple mise en page ont leur importance, vous risquez non seulement de leur faire regretter d’avoir dénoué le cordon de leur bourse pour un livre mal écrit (ils peuvent d’ailleurs vous faire une mauvaise publicité et décourager les futurs acheteurs), et en plus vous les perdrez eux-mêmes comme lecteurs pour les prochains volumes que vous publierez. Parce que, s’il est évident qu’on ne peut pas plaire à tout le monde (surtout en matière d’art), il est tout aussi clair que, pour bien vendre, il faut essayer de plaire à un maximum de monde parmi les amateurs du genre ciblé. Et cela passe avant tout par la qualité de l’histoire (mais aussi de l’objet-livre en sélectionnant un papier agréable et solide). Faire analyser et/ou corriger votre roman, ne vous fera certainement pas courir le risque de perdre des lecteurs. Bien au contraire, vous vous en attirerez de nouveaux et ils seront tellement contents qui en redemanderont !

Publicité et rentabilité

Faire seul ne veut pas dire que vous aurez forcément un plus grand pourcentage des ventes. Cela signifie en revanche que vous devrez tout gérer seul pour assurer le succès et la visibilité de votre œuvre. Et qui dit faire publier un livre seul, dit passer énormément de temps à le faire et dit aussi perdre de l’argent et devenir moins rentable, surtout si vous n’y connaissez rien au secteur éditorial. Maintenant, si vous êtes rentier, sans famille ou enfant pour accaparer votre temps, ceci ne s’applique pas à vous ! Mais il faut de toute façon penser à tous les acteurs qui vous permettront de vous publier et de vous rendre visible, à commencer par les imprimeurs et les distributeurs (Amazon, Fnac et autres plateforme de vente en ligne, mais aussi les libraires). Sans compter qu’il vous faudra peut-être aussi un illustrateur ou photographe pour la couverture, des contacts pour vous proposer des créneaux de présentation de votre œuvre lors d’événements littéraires, une société de protection des auteurs pour faire protéger votre texte et encore un numéro ISBN. Tout ceci est loin d’être gratuit et c’est bien normal : être éditeur est un métier et en faisant de votre roman un livre autoédité, vous prendrez cette casquette pour le moins gratifiante, mais aussi éreintante.

Sachez bien vous entourer. Faire relire par des amis n’est pas suffisant, même s’ils sont objectifs. Ils restent des amis et pourraient vous épargner involontairement. Faites corriger par un professionnel, ça peut être cher, bien sûr, mais c’est un bon investissement. Économisez si vous n’avez pas la somme nécessaire, votre œuvre peut vraiment en valoir la peine. Et surtout, n’attendez pas de vos partenaires d’autoédition qu’ils flattent votre égo et choisissez-les bien, parce que, pour la révélation de votre talent, à plusieurs, vous irez beaucoup plus loin.